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Documents : Tout est-il perdu ?

mars-avril 2011

Tout est-il perdu ?

(mars-avril 2011)

Au début de cette année, le feuilleton patrimonial nantais a connu une « nouvelle saison ». Après l’affaire de l’ilot Lambert et le « plus jamais ça » qui a suivi, l’épisode fracassant des chapelles espagnoles du couvent des Cordeliers a suscité à nouveau l’intervention des « pompiers du patrimoine » ; on avait cru à la « der des der », et voilà que les troupes remontent au front. Pourtant, depuis 2008, nous disposons toujours d’un arsenal législatif et règlementaire conséquent, notamment celui du secteur sauvegardé ; il existe une nouvelle structure nantaise opérationnelle, la direction du patrimoine et de l’archéologie ; et le site des cordeliers est pour le moins connu, autant que l’intérêt présenté par ses vestiges sur lesquels la Société archéologique et historique a attiré l’attention dès octobre 2008 (voir sur le site, « activités/les documents de la société »). Pourtant, on a assisté à ce qui a été reconnu comme un véritable dérapage sur les dites chapelles ; et encore l’affaire a-t-elle été soulevée « grâce à » l’erreur commise par le promoteur quand il n’a pas respecté les dispositions de son propre permis de construire.

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La chapelle de Miranda éventrée

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  La "restauration" des chapelles

 

Aujourd’hui, la situation est en attente : les travaux ont été arrêtés sur les extérieurs, mais des interventions violentes continuent à avoir lieu sur les éléments d’architecture intérieure qui méritaient autant, voire plus, de souci de conservation que les « façades » sur rue. Sans entrer dans la recherche des responsabilités, ni suivre les « renvois de balle » entre les uns et les autres (je n’ai pas le pouvoir de, l’instruction du dossier a été faite correctement, c’était à untel d’intervenir, on ne peut rien faire de plus…), il va bien falloir trouver une solution, honorable pour chacun, qui devra respecter au mieux l’intérêt historique et architectural du bâtiment, si tout n’est pas perdu. Et il faudra bien s’interroger également sur l’existence d’un dysfonctionnement dans les procédures, et en déterminer les causes. Un nouveau « plus jamais ça ».
Au-delà du sort des chapelles espagnoles, c’est l’ensemble du site du couvent des cordeliers qui doit susciter la réflexion : de l’autre côté de la rue qui occupe la nef de l’église, se trouvent les éléments du mur nord de l’édifice partiellement restauré et assis sur la muraille romaine, la chapelle Mercœur, le vaste bâtiment conventuel de la rue du refuge et sa salle sous charpente : le sort de cet ensemble, sans doute le dernier qui présente quelque cohérence dans la ville intra-muros (avec l’ilot Sauvetout, en limite des fortifications, objet de l’aménagement Boucherie II), mérite une préservation et une valorisation réfléchie, en coordination avec tous les intervenants (propriétaires privés, services de l’État, services municipaux), pour doter Nantes d’un espace de lisibilité de son histoire monumentale. Et tant pis si cette démarche ne va pas dans le sens de l’histoire contemporaine, celle des tentatives de définition du « patrimoine » ; si l’acception élargie du terme est une évidence, comme la recherche historique se doit d’être pluridisciplinaire, elle ne peut être optionnelle et laisser froidement de côté certains de ses aspects, au motif qu’il existerait des patrimoines de sensibilités différentes, ou que la définition devrait être en cohérence avec les politiques publiques définies par les collectivités.
Peut-on encore dire que l’espoir fait vivre, que l’on peut avoir confiance dans l’homme et dans la raison ? Sinon, à quoi aura-t-on servi depuis cent soixante ans, sinon à figer dans l’écrit et dans l’image la mémoire d’une ville, et d’être taxés aujourd’hui, évidemment à tort, de nostalgiques du passé ? Grâce à cette dernière mobilisation autour des chapelles espagnoles, les choses évoluent, des procédures nouvelles se mettent en place, des perspectives de sortie de crise se dessinent. L'avenir du site des Cordeliers apparaît moins incertain, témoin de la nécessaire prise en compte de l'histoire monumentale dans la lecture de la ville de demain. A nouveau, l'espoir...   

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